L'art et l'empathie, ouverture à l'autre, au sevice de la transcendance

L'homme en tant qu'être social réagit aux autres: c'est ce que l'on appelle l'empathie. Mais ce mécanisme ne s'arrête pas là...

 

Si l'homme est en quelque sorte "programmé" pour réagir affectivement aux autres - pour exprimer ses émotions et reconnaître les émotions des autres membres de son espèce -, il s'avère que l'empathie ne se réduit pas à ce mécanisme, mais qu'elle s'applique également à des objets. 

 

David Freedberg et Vittorio Gallese ont affirmé que notre expérience esthétique des œuvres d'art visuelles reposait en grande partie sur un phénomène empathique, à savoir un mécanisme de « résonance motrice », nous permettant non seulement de réagir émotionnellement au contenu des œuvres (qu'il soit figuratif ou abstrait), mais aussi, dans certains cas, de saisir, par un processus de rétroaction, les intentions ayant présidé à l'exécution de l'œuvre.

En présence d'une oeuvre, nous entrons donc en résonnance, non seulement avec l'oeuvre, mais avec l'artiste, en tant qu'autre personne, et avec ses intentions, en tant que message amené à être véhiculé par l'oeuvre.

 

Si l'artiste se sert de l'oeuvre d'art pour exprimer une idée ou un ressenti plus ou moins personnel, l'artiste sacré, lui essaie de s'effacer, au profit d'une transcendance. Ainsi l'iconographe ne signe jamais son oeuvre, car toute sa démarche consiste à se mettre au service du divin, devenir un jour totalement transparent à la Présence et laisser passer à travers son corps et son art une vérité qui le dépasse. 

 

Ainsi l'atelier de la Theotokos, n'est pas "mon" atelier, mais réellement l'atelier de la Mère de Dieu, et j'ose espérer, jour après jour devenir une main de plus en plus docile, douce et humble qui soit guidée par les Saints, dont je peint les portraits. L'empathie que je ressens envers l'autre, mon prochain, et qui constamment m'informe au sens littéral du mot: "me donne une forme", s'exerce aussi avec les textes sacrés que je réécris, les saints ou les scènes que je représente.

L'art sacré nous met en relation avec la personne ou le thème représenté et avec les intentions qui les habitent. C'est une posture de vie qui m'est proposée... et qui s'infuse à travers les différents corps au fil de l'élaboration de l'oeuvre.

 

Je ne peux que témoigner du fait que l'icône vient me rejoindre dans mes lieux encore inhabités, dans mes blessures, dans les noeuds de mon histoire et vient y apporter présence, souffle, lumière... Une blessure qui n'était même pas consciente émerge et se libère, un schéma enfermant se laisse déconstruire dans le souffle, les vielles mémoires inutiles sont déposées comme mues de serpent... Cela se fait, mystérieusement.

 

L'art sacré nous libère de ce qui est encore limité en nous-même, nous invite à goûter la transcendance, nous rendant plus ouverts, plus disponibles à l'autre et au Tout Autre.

Nous découvrons alors que nous sommes bien plus que des êtres sociaux qui réagissons aux autres, nous sommes frères...

 

 

 

 

 

« En présence d'une oeuvre, nous entrons donc en résonnance, non seulement avec l'oeuvre, mais avec l'artiste, en tant qu'autre personne, et avec ses intentions en tant que message amené à être véhiculé par l'oeuvre... »
« nous sommes bien plus que des êtres sociaux qui réagissons aux autres, nous sommes frères... »